Scène reggae au Festi’Val de Marne

Scène reggae au Festi’Val de Marne
A l'affiche samedi 20 octobre, du Festi'Val de Marne à Choisy le Roi, dans la Plaine Sud du Parc interdépartemental des sports, une scène reggae roots ragga afro exceptionnelle. De 16h30 à minuit, se sont enchaînés les sets les plus envoûtant de légendes de la musique, rejoints par une jeune génération d'artistes en devenir. Un plaisir incroyable pointait son nez, avec le soleil, en cette campagne de l'agglomération parisienne, sous deux chapiteaux forts à propos, pour recevoir un public de tous âges, très reggae style, majoritairement jeune cela dit.

Le cirque musical gagna les têtes et les esprits, de ces milliers de spectateurs amoureux d'ambiances tantôt peace and love, tantôt survoltées. De quoi mettre le faya dans tous les coeurs. Toujours l'allégresse et la joie de partager un moment inoubliable. Ceci en présence de diverses associations de prévention routière, pour "ramener son voisin", marchands de fruits, et contraception...

A nouveau un événement sur invitation de Hexalive, pendant que Raf est à Rio, de quoi faire oublier les précédents concerts offerts. Comme Zetlab et Fat Kid Wednesdays au Zèbre de Belleville, via Asperanto, mercredi 17 octobre. Ceci en compagnie d'Agnès, actrice à ses heures, épatée par l'excellence et la maîtrise jazzy des talentueux musiciens très imprégnés, en toute décontraction pourtant.

Cette fois, l'intention était davantage festive, et pour le moins, tout aussi impressionante. A commencer par Broussaï, la relève ska dub nu roots, un look jeune et sympa, deux chanteurs bien ensembles, en toute "vagabondance", pour découvrir d'autres horizons, à la recherche de liberté. Des rythmes entraînant qui redonnent tout de suite la pêche. Et des textes à la Kerouac, dans leur dernier album "Avec des mots", un bon moyen de fuire le train train métro boulot dodo. Une invitation au voyage, "peu importe sur qui on va tomber, de façon à ne plus vivre sur des illusions conditionnées". Aller voir ailleurs, de villes en villes, le coeur ouvert de rencontres, juste un sac sur le dos.

Puis ce fut au tour de Winston Mc Anuff, au combien célèbre, de libérer les énergies, dans la liesse populaire. Un reggae à papa bien joyeux, accompagné magnifiquement par le Homegrown band aux trompettes et autres instru' à vent. Veste royale et dreadlocks virvoltant, une voix à transpercer les songes les plus profonds. Poings levés, jumps à se casser le dos dans le public, tout le monde bien en sueur déjà. Les pètes qui tournent un peu partout, avec des membres du Alfred Band, et la joie de l'ivresse, pour se libérer des tracas de la semaine. Une enfilade de tubes, rappelant parfois les airs de Jah Shaka. Là-bas au loin la Jamaïque, en toile de fond qui monte crescendo. Un trip d'enfer, transe parfaite pour les amoureux. Serrage de mains avec l'avant-scène, des étoiles dans les yeux.

Nucleus roots ensuite, en survêt', à la cool. 92.9 FM visible et merchandising habituel. Des sonorités bien lourdes qui tapent sur un ragga très planant. De quoi partir en freestyle, mouvements de hanches, éliminer sandwichs et verres de vin... Distractions diverses, Lil, Audrey, Leonore, Anne, Agnès et Raf' au téléphone pendant ce temps.

La suite se passe sous l'autre chapiteau, avec l'arrivée de Alton Ellis et Aspo. Bonne humeur et sourires, un reggae à la sauce "yeye yo wo ouh wo ouh..." très gentillet. Tenue assez classe & r'n'b : pantalon blanc en toile, blouson en cuir et colan rouge en bandana. Au milieu du public, le regard complice de Mushapata, un prophète révolté souvent croisé en plein prêches alcoolisés, sur la ligne 4 du métro parisien. Tous les yeux se dirigent alors vers Christopher Ellis intronisé par son père sur scène, pour un duo familial intergénérationnel tendrement jouissif. Une dégaine de rappeur espiègle, la voix un peu soul, il chauffe la salle à merveille.

Pendant ce temps, Alton le papa occupe la scène en chef d'orchestre expérimenté, met en valeur les instru' et dirige la cadence. Se succèdent les chansons dégoulinantes d'amour et de paix, comme le standard "I'm still in love for you girl", ou bien l'intro' "Cry not for me...". Adorables moments cela dit.Réminiscence factice néanmoins des années 60 à Londres, où l'inspiration trouvait les mots justes, pour des balades plus douces que celles du dancehall actuel, à la Sean Paul, légèrement chambré en cette occasion. Suivent des morceaux dédicacés. Un esprit très cool, à la "na na na na na, i love you...". Les influences jazzy sont perceptibles. La session se termine en kermesse. Un danseur de tecktonik très joueur est même égaré là. ^^

Ensuite, c'est au tour de Manjul et Takana Zion d'enflammer le festival. Un mix d'enfer avec les airs mandingues d'Afrique, à base de balafon.L'occasion de toutes les rencontres dans le public, notamment avec Beaba du Peril Noir, un groupe mythique d'Aulnay. Plusieurs fois, il s'est écrié "Kamalemba !", encourageant ses ami(e)s sur scène. De belles surprises notamment, comme l'apparition de Assétou Kanouté. Elle a joué au Burkina juste avant. C'est une chance de l'avoir parmi nous. A la voix exceptionnelle, très claire, telle une pierre précieuse, elle bénéficie d'un coffre surpuissant. Tout aussi select, le chanteur Adama Yalomba interprète quelques morceaux d'une saveur lointaine. Entre musique spirituelle et esprit international, Olivier le sage leader du groupe offre donc l'éclectisme et la profondeur à son assistance. Sa maîtrise à la basse est également un ravissement.

Dr Alimantado vient clôturer cette journée de fête, avec un peu de retard. Il débarque de chez le docteur. Un carton plein peu avant son arrivée, pour ses choeurs féminins aux couleurs de la Jamaïque. Enfin, il est au micro, sa première scène en France ! Long speech avec ses fiches, une petite dédicace à Janet Jackson en passant. Et il entonne finalement quelques refrains venus des 60's, la voix cassée, mais accompagné de main de maître par Mr Music Man et une pléthore de musiciens. Onze à jouer sous son contrôle, en vieux briscard du reggae, sous influence gospel. Lunettes d'intello', chemise verte pistache, pantalon blanc select, coiffé de noir, un pin's au coin du chapeau recouvrant ses dreads. Un style et une apparence décontractée face à des centaines de têtes d'abeilles.

Puis un prêche pour nous convaincre d'aller à l'Eglise, "not a dancehall". Une blague à faire pleurer Jean Roucas : "je suis venu en France dès 1977, avant que beaucoup d'entre vous ne soyez nés. Et pourtant vous êtes français, et pas moi. Ahah !" Au fond derrière, une représentation de Hailé Sélassié trône en étendard. A nouveau un sermon, cette fois contre l'alcool et les drogues, un danger pour la jeunesse. Quelques mots pacifistes sur la guerre entre Israël et la Palestine : "Stop the war. We must do something..." accompagnés d'une chanson mielleuse en ce domaine engagé.

Quelques mouvements de bras vers les loges pendant dix minutes, pour faire revenir Winston Mc Anuff, visiblement déjà parti. Une interprétation de différents titres de l'album "House of singles", avant de le voir réapparaître, comme par surprise. Sourires, accolades entre les deux légendes, amusés et fiers l'un de l'autre. Du marketing habile pour acheter le CD du Dr Tado : "on peut entendre ma voix de petit garçon dessus". Mais déjà la fatigue sous le chapiteau, tous cassés par les bédos, et la succession de commentaires lourdingues de l'artiste. Comme ce dernier nous indiquant de lui transmettre de l'argent pour les pauvres ! Pour finir, des paroles de Jimmy London, "Don't let me down...", un solo à la basse, un autre de Jerry Lion à la guitare, avec les dents. Des applaudissements pour les percu'... Une sorte de mini concert en somme, avant de filer dormir.

Encore un peu sous effet des effluves de fumée le lendemain, Au vieux Colombier, rue de Rennes, avec Lil venue d'Irlande, un gâteau Pierre Hermé en guise de cadeau d'anniversaire. Et Léonore at home pour finir en beauté le week-end, repenser à tout cet engouement rasta, s'en éloigner tout doucement.

Matt

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